Hermès, n° 49. Traduction et mondialisation

Un fait est devenu évident : la mondialisation s'accompagne
d'un mouvement de traduction sans précédent dans
l'histoire de l'humanité. C'est un phénomène capital qui ne fait
que s'amplifier par le biais des nouvelles technologies de
l'information et de la communication. Contrairement à une idée
reçue, les langues ne sont pas interchangeables, sinon une
seule d'entre elles pourrait supplanter toutes les autres en tant
que vecteur de communication intégral et universel.
D'ailleurs, l'évolution du monde annonce l'émergence
non d'un modèle «monolingue» (avec l'anglais) ou réduit à
une poignée de langues internationales, mais au contraire d'un
modèle très largement «multilingue». Cela a été reconnu
officiellement par la communauté des États grâce à l'adoption
par l'Unesco, le 20 octobre 2005, de la «Convention sur la
protection et la promotion de la diversité des expressions
culturelles». Dans le même temps et paradoxalement, Internet
a procuré de nouveaux outils de diffusion à des centaines de
langues différentes.
Dans un monde où l'importance de langues en expansion
comme l'espagnol, le chinois, l'arabe ou le hindi s'accroît de
jour en jour, sans parler de l'essor de certaines langues
régionales, les enjeux de la traduction occupent de plus en plus
le devant de la scène. Ils ne sont pas uniquement d'ordre
linguistique ou technique, mais également d'ordre politique,
économique et «civilisationnel». Les rapports de force, à
l'échelon local ou international, n'en sont pas exclus.
C'est à l'analyse de ces différentes problématiques que
ce numéro de la revue Hermès - largement interdisciplinaire -
est consacré. Il s'attache à démontrer que la «transparence»
de la traduction n'est qu'une illusion d'optique. Toute traduction
s'accompagne en réalité d'un ensemble de transformations qui
s'insèrent dans un contexte bien plus vaste que la dimension
purement linguistique, en reflétant une autre vision du monde.
Joanna Nowicki et Michaël Oustinoff