Chasse, chasseurs et normes

La chasse semble, en France, corsetée par une foule de stéréotypes émanant d'un
imaginaire collectif solidement ancré. Dernier avatar d'une culture « localiste », la
pratique véhicule l'image persistante d'un monde rural en mutation et accuse, aux
yeux du grand public, une baisse de crédit en regard des grandes idéologies dominant le
monde contemporain. Pour les uns, la chasse est une victoire conquise sur les privilèges
aristocratiques de l'Ancien Régime, pour les autres une abomination de sanguinaires avinés. Il paraît ainsi difficile de porter un regard distancié sur ce phénomène social qui agite
les passions et concerne plus de 1,1 million de pratiquants, dont 98 % d'hommes. Questionner les représentations sociales, les liens symboliques et les perceptions qui fondent
les rapports entre chasse et société, permet de comprendre de quelle manière s'élabore
l'ensemble des outils et des dispositifs normatifs et prescriptifs qui encadrent l'activité. Or
la superposition complexe et multiscalaire des territoires associe une diversité croissante
d'acteurs qui pèse à son tour sur l'évolution des représentations endogènes à la pratique
où le statut de l'animal sauvage demeure le centre des préoccupations. Perçu comme
menaçant jusqu'aux années 1970, ce dernier est désormais appréhendé comme menacé,
témoignant en cela d'une transition majeure : du prélèvement à l'introduction du gibier ;
de la chasse à la gestion cynégétique. En cela les sciences humaines et sociales ont tout
intérêt à explorer la question à l'aune des préjugés, positifs ou négatifs, qui font tant parler
d'elle. Cet ouvrage est donc l'occasion d'offrir une réflexion pluridisciplinaire sur les mécanismes de co-construction qui lient la chasse, les chasseurs et les normes, tout en questionnant les enjeux sociétaux qui président aux pratiques cynégétiques contemporaines.