La scène et la croix : le jeu de l'acteur dans les Passions dramatiques françaises (XIVe-XVIe siècles)

Destinées à la lecture comme à la représentation, les
Passions dramatiques françaises participent à la fois
du spectacle et des théories du signe en vigueur à la
fin du Moyen Âge. Pour le spectateur chrétien, les
corps des acteurs sont-ils des icônes désignant le
divin, ou des idoles exerçant les séductions du sensible
? Parce qu'au plan historique Passions et prédication
se répondent, le corps du Christ torturé y fonctionne
comme signe de la Passion nécessaire à la
Rédemption. Et entre scolastique thomiste et mimesis
aristotélicienne, par similitude ou par opposition au
Christ, le jeu des acteurs obéit à une typologie qui
favorise la méditation de la ressemblance divine.
Cependant, chaque corps se présente aussi comme un
objet singulier, que le spectateur doit identifier avant
d'en déchiffrer le sens. Son apparition se conforme
alors à l'occamisme que reformule un Gerson, mais
aussi à la définition néo-platonicienne de la mimesis ,
production consciente d'une réalité illusoire. Porté par
le rythme du rondeau, du Planctus , l'acteur produit un
jeu qui se sait dissemblable de son divin modèle, et
suscite avant tout l'émotion. Les Passions offrent ainsi
au débat qui opposait l'idole à l'icône une alternative
où l'édification cohabite avec le plaisir du spectacle.