La bourgeoisie municipale d'Afrique romaine

La prépondérance sociale de la bourgeoisie municipale dans la société
africaine fut incontestable. Son pouvoir social fondé sur sa richesse
matérielle se manifestait par la gestion administrative des cités. Rome,
à notre avis, n'aura fait que consacrer cette prépondérance sociale des élites
locales, qui trouvèrent dans son ordre un cadre propice à leurs intérêts.
En définitive, l'image quasi «traditionnelle» qui montre la bourgeoisie
municipale comme un instrument que Rome a manipulé pour exploiter les
ressources de l'Afrique proconsulaire est à nuancer à la lumière de ce travail.
En effet, la bourgeoisie municipale a tiré largement profit de la «paix
romaine» en renforçant son pouvoir économique par l'acquisition de
vastes domaines, et grâce au grand marché que lui offrait l'empire romain.
Même si les élites africaines furent des relais du pouvoir central romain,
elles furent aussi des partenaires car nombre d'entre ses membres sont
devenus chevaliers ou sénateurs romains. Septime Sévère, originaire de la
cité de Lepcis Magna fut même consacré empereur de Rome.
Les élites africaines ont su se servir de l'ordre romain pour assouvir
leurs ambitions de «classe».