Théâtre complet. Vol. 1

Les pièces ici réunies - et pour la plupart inédites en français - du jeune Strindberg témoignent des incertitudes de l'auteur durant cette période (1869-1877); incertitudes devant des choix personnels: A Rome prend prétexte d'un épisode de la vie du sculpteur danois Bertel Thorvaldsen pour montrer le conflit entre Strindberg, décidé à entreprendre une carrière artistique, et son père, tenant des études traditionnelles; incertitudes aussi devant les problèmes qui agitent, outre les étudiants du Libre-penseur, nombre d'intellectuels suédois d'alors: un fort mouvement de libéralisme met en question le pouvoir de l'Eglise luthérienne d'Etat.
Quelle position prendra Strindberg dans les affrontements politico-religieux de son temps? Comment se situera-t-il entre des influences aussi antagonistes que celles de Kierkegaard et de Georg Brandes? Quelle forme théâtrale choisira-t-il d'enrichir et de rénover? De la tragédie d'Hermione où s'affrontent le christianisme et le monde antique, au drame historique du Hors-la-loi qui montre la lutte, dans l'Islande du XII<sup>e</sup> siècle, entre christianisme et paganisme, et à Maître Olof où sont posées toutes les contradictions du réformateur Olaüs Petri, Strindberg, s'il ne résout pas ses propres ambiguïtés, accroît peu à peu sa maîtrise du langage et du geste scéniques.
En même temps qu'il met tout en œuvre pour être reconnu comme dramaturge, Strindberg parvient à faire divorcer, puis à épouser l'actrice Siri von Essen, dont il s'engage à assurer la réussite. Dans Le Secret de la guilde , inspiré par un événement d'actualité (la reconstruction de la cathédrale d'Uppsala), mais où est posée plus généralement la question de la vocation, c'est à Siri que le principal rôle féminin est confié. Trois mois avant la création de la pièce, Strindberg est devenu pour la première fois père de famille.