Marguerite et la Nouvelle-France. Vol. 1. Les bâtisseuses

A quoi songe Marie-Angélique de Sommerville sur le pont
du Saint-Pierre qui vient d'entrer dans l'estuaire du Saint-Laurent
? Devant cette immensité d'eau, de roches et de bois,
regrette-elle son choix de devenir une «fille du Roy», d'avoir
entraîné avec elle Fleur d'églantine, la petite prostituée arrachée
au pavé par les soeurs de la Charité ? En 1663 les deux
jeunes filles font partie du premier convoi d'«épouseuses»
que Colbert a incitées à aller prendre mari en Nouvelle-France.
Le jeune Louis XIV les a dotées sur sa cassette. Elles ignorent
tout de ce pays rude, tour à tour étouffant et glacial, peuplé de
sauvages que les Jésuites s'efforcent d'évangéliser. «Pour le
Christ et pour le Roy», telle est la devise qui fera d'elles les
mères fondatrices de la Nouvelle-France. Colons, artisans,
soldats, coureurs des bois les y attendent.
A Ville-Marie, la future Montréal - cette cité dédiée à la
Vierge -, soeur Marguerite Bourgeoys deviendra leur mère de
substitution.
Sur les terres de la seigneurie des Erables, au bord de la
Yamaska, Marie-Angélique, Fleur d'églantine, Esther de
Boismêlé, et Manon Bidequin qui les a précédées de quelques
années connaîtront l'amour, les joies, les deuils, et ces ennemis
insidieux et redoutables que sont l'hiver canadien et les
Iroquois.