Economie politique (L'), n° 30. La Banque mondiale a-t-elle vraiment changé ?

La Banque mondiale change. Du moins, ce qu'elle écrit change.
Après avoir oeuvré comme l'un des hauts lieux mondiaux de
la propagation d'une idéologie libérale où l'analyse économique
suffisait à expliquer le monde et où le salut des pays
pauvres ne pouvait passer que par le renforcement des forces
du marché, le ton semble désormais différent.
On en avait eu un écho l'an dernier lorsqu'un rapport consacré
à la croissance durant la décennie 1990 contestait les vertus
supposées de la libéralisation commerciale et financière
pour les pays en développement. Jean Coussy montre ici que
le rapport de l'an dernier n'était pas une anomalie. L'institution
tend désormais à reconnaître, un peu, que les conditions
politiques et sociales d'un pays ont autant d'importance pour
son développement que sa situation économique.
Pour autant, la Banque mondiale n'a pas encore réalisé sa
révolution copernicienne. Elle reste loin, avec le FMI, de
saisir la complexité des relations existantes entre les institutions
d'un pays et son développement. Surtout, sur le
plan des politiques concrètes demandées aux pays du Sud,
ses représentants sur le terrain en restent le plus souvent à
la vieille approche de l'ajustement structurel classique.
La Banque mondiale est donc désormais confrontée à trois
avenirs possibles. Soit son ouverture n'est qu'un effet de
mode, soit elle devient le lieu d'une bataille rangée entre sa
partie la plus innovante et l'inertie de ses vieilles équipes,
soit elle devient progressivement l'un des lieux de formation
d'un nouveau consensus idéologique, source de nouvelles
politiques. Que cette dernière voie appartienne désormais
au champ des possibles est un premier signe positif.
Ch. Ch.