Le nom, l'écrit, le non-dit : mentalités rurales et culture intermédiaire dans le Japon médiéval

À travers la problématique anthropologique de la construction du
«lien social» et une analyse des sources et des notions-clés de l'univers
politique, économique et familial, ce livre porte un nouveau regard sur
l'histoire des mentalités dans la société rurale du Japon médiéval. On y
trouvera une réflexion générale sur le régime des domaines médiévaux
( shôen kôryôsei ), principalement durant la période qui a précédé son
déclin (XII<sup>e</sup> siècle-début du XIV<sup>e</sup> siècle), ainsi qu'une étude
monographique des rapports entre petits fonctionnaires locaux et chefs
paysans dans le domaine Ôsato no shô, situé dans l'île de Shikoku.
Particulièrement intéressants et rares, les documents d'Ôsato no shô
permettent de pénétrer dans un univers villageois peu connu et d'étudier
ses rapports avec l'histoire des institutions rurales de l'«espace étatique»
médiéval. Une attention spécifique a été accordée aux règlements des
litiges locaux (XIII<sup>e</sup> siècle-début du XIV<sup>e</sup> siècle) en relation avec les rôles
respectifs de l'écrit et de l'oral, mais aussi à la place du «non-dit» dans
cette société d'interconnaissance.
L'analyse souligne l'importance d'une «culture intermédiaire» qui
opère une médiation entre dominants et dominés appartenant à des
sphères socioculturelles différentes. Cela est vrai tant des sociétés locales,
où l'on remarque une grande inégalité dans la maîtrise des savoirs écrits,
que des relations entre celles-ci et leurs dominants au sommet de la
hiérarchie domaniale. Cette «culture intermédiaire», qui est en grande
partie une reformulation des règles coutumières dans le «jargon
administratif médiéval», est indissociable des pratiques d'échange
asymétrique qui participent d'une ritualisation des relations de
domination où la valeur magique du «nom» associée à la notion de
«maison» occupe une place centrale.