Les mystères de Lausanne : trente ans dans la police de Lausanne : mémoires de Marius Augsburger (1864-1939)

Il y a tout juste un siècle, dans le Lausanne des petites
rues basses qu'au soir tombant n'éclairait plus que la
lueur sourde des becs de gaz, nos grands-pères pouvaient
apercevoir un homme à la forte carrure, à la nuque puissante
et rentrée dans les épaules, aux jambes courtes et légèrement
arquées et qui levait de temps à autre sur les passants
un regard scrutateur... C'était Traclette , Augsburger pour
l'état civil, ancien sous-chef de la Sûreté vaudoise, celui qui
arrêtait tous les criminels et les voleurs...
C'était l'époque ou Lausanne comptait de grouillantes colonies
italiennes et russes, une population itinérante
nombreuse, des étudiants farceurs et bambocheurs, l'époque
de la Mère Boule de Suif et du Père Martin. Dans ce
Lausanne-là, on ne connaissait pas encore les méthodes policières
scientifiques modernes. On ignorait la valeiir des
empreintes digitales. Les réactions chimiques et photographiques
étaient réduites à leur plus simple expression.
Seul le flair des limiers de la police, leurs intuitions, leurs
incessants contacts avec la pègre citadine donnaient des
résultats probants. il n'en fallait pas plus pour qu'autour de
l'homme qui réunissait toutes ces qualités, se créât une
légende et qu'il devint, au prix d'efforts ignorés, de démarches
souvent dangereuses et mettant en péril sa vie et sa
réputation, une sorte de héros. Ses "aventures" sont dignes
des meilleurs feuilletons policiers.