Journal sous la terreur

Journal sous la terreur

Journal sous la terreur
Éditeur: Rocher
2006533 pagesISBN 9782268052335
Format: BrochéLangue : Français

Issue d'une famille de hobereaux allemands établis en Russie

au seizième siècle, Zinaïda Hippius (1869-1945) est une figure

haute en couleur, emblématique du siècle d'Argent.

Après avoir accueilli avec enthousiasme la révolution de

Février, elle déchanta presque immédiatement. D'emblée, elle

conçut pour les bolcheviques une haine totale et sans merci,

voyant dans la révolution d'Octobre l'arrivée «du pouvoir des

ténèbres, du royaume du diable» et n'admettant pas la

moindre compromission avec leur régime. Son Journal des

années 1914 à 1920 est un document saisissant.

Zinaïda Hippius laisse, de par son personnage, ses salons,

ses journaux et ses oeuvres un témoignage irremplaçable sur la

Russie décadente et symboliste du début du siècle, la Révolution

et le Paris de l'émigration russe.

1<sup>er</sup> août, Saint-Pétersbourg (ancien calendrier)

Que noter ? Et peut-on noter quelque chose ? Il ne se passe rien, sauf

une chose : c'est la guerre !

Et il ne s'agit ni du Japon ni de la Turquie, le conflit est mondial. Et

moi, ici, cela me fait un peu peur d'en parler. Cette guerre appartient à

tout le monde, elle appartient à l'histoire. Et les observations d'un personnage

ordinaire ont-elles un sens ?

D'autant plus que, comme n'importe lequel de nos contemporains, je ne

m'y retrouve pas, je n'y comprends rien, je suis simplement en état de choc.

Une seule chose est claire : si je dois continuer à écrire, je dois le faire

en toute simplicité.

Il semble que tout se soit joué en quelques jours. Mais, bien sûr, il n'en

est rien. Nous n'y croyions pas parce que ne voulions pas y croire.

Les avant-derniers jours, j'avais été très frappée par le désordre qui

régnait à Pétersbourg. Je n'étais pas en ville, mais toutes sortes de gens

différents venaient nous rendre visite à la campagne, et chacun nous

racontait les choses d'une manière très précise, avec sympathie. Et malgré

cela, je ne comprenais absolument rien, et l'on sentait que celui qui

racontait n'en comprenait pas davantage. Il était même évident que les

ouvriers engagés dans le mouvement n'y comprenaient rien eux-mêmes,

alors qu'ils mettaient à mal les wagons des tramways, arrêtaient la circulation,

alors qu'on tirait de droite et de gauche et qu'il y avait des

cosaques dans les rues.

Ce livre est proposé par (0) membre(s)
Ce livre est mis en favori par (0) membre(s)