Archives parlementaires de 1787 à 1860 : recueil complet des débats législatifs et politiques des Chambres françaises : première série, 1787 à 1799. Vol. 102. Du 1er au 12 frimaire an III (21 novembre au 2 décembre 1794)

La publication des Archives Parlementaires est issue de décisions prises par le
Corps législatif du Second Empire. Le tome I de la «première série» (1787-1799)
est publié en 1867 sous la responsabilité de deux bibliothécaires et essayistes,
Jérôme Mavidal et Emile Laurent. Interrompue par la guerre en 1914, la collection
n'est reprise qu'en 1961 par l'Institut d'histoire de la Révolution française, grâce
au soutien de l'Assemblée nationale, du Sénat et du CNRS.
Ce nouveau volume propose aux chercheurs des séances parmi les plus intenses
qu'ait connues la Convention nationale. Comme les précédents, il est fondé
sur le Procès-Verbal qui structure la publication des documents de la série C
des Archives nationales , complétés par les apports des principaux journaux
et, exceptionnellement, la reproduction intégrale de la défense imprimée du
représentant Carrier. C'est, en effet, un épisode sans précédent de l'histoire
politique de la Révolution qui ouvre ce tome CII des Archives Parlementaires : la
comparution d'un député devant ses collègues érigés en «jury d'accusation» et
non de «jugement». Deux mois auparavant, pourtant, la Convention avait décidé
de «décréter l'oubli» par la voix de R. Lindet. Ce projet, comme le montrent
les quatre volumes précédents, s'était heurté, à l'Assemblée, aux intérêts et
options des principaux protagonistes, mais aussi aux résistances ou offensives,
parfois inattendues, des porte voix de l'opinion publique, enfin au traumatique
resurgissement de la «guerre de la Vendée». Il était alors aisé d'ériger Carrier
en «idéal type» du «proconsul terroriste», sanguinaire, avide et débauché.
Mais, dans le silence imposé aux tribunes, les débats de l'Assemblée laissent
poindre une rare et violente tension, inscrite au coeur des arguments factuels ou
juridiques. Pour les Conventionnels, se joue l'impossible et interminable bataille
de la responsabilité collective : un enjeu immédiat autant que mémoriel. Si la mise
en accusation de Carrier est un tournant majeur, elle n'a, malgré tout, pas ouvert
le chemin apaisé d'un avenir serein : les journées qui suivent l'appel nominal du 3
frimaire le démontrent avec force.
Le tome CII des Archives Parlementaires propose donc douze journées qui,
sans doute, ébranlèrent la Première République, mais sans toutefois fixer l'horizon
de la Révolution française.