Les spirites de Telde

G. Lukács a dit que "le roman doit être l'épopée d'un monde
sans dieux." Dans l'univers romanesque de Luis León
Barreto , il n'y a point de héros mais des ombres qui se cachent
dans les méandres d'une histoire chorale empreinte
de mythe et de magie.
Dans la nuit du 28 avril 1930, une jeune fille est assassinée
par sa propre famille durant une séance de spiritisme. Un
événement terrible, dans une atmosphère de mystère et
d'énigme d'une mort qui fut probablement acceptée par la
victime elle-même. Ce roman excitant, écrit comme une
chronique, apporte une version magique de la réalité, une
métaphore de l'existence humaine. Il nous introduit aussi
au sein de la famille Van der Walle, qui quitte Les Flandres
au XVI<sup>e</sup> siècle pour se rendre aux Canaries afin d'exploiter
les plantations de canne à sucre.
Les Îles Canaries sont bien plus qu'un paradis touristique.
Géographiquement africaines, mais socialement et culturellement
européennes, elles se positionnent comme une
avancée de l'Amérique, la terre d'accueil de l'émigration
canarienne. Le rapport de cette fiction avec le baroque hispano-américain
est évident dans l'expression débordante
de ses pages. La voie tracée dans le roman contemporain
par Faulkner, Joyce ou Kafka, et reprise par Sábato, Borges,
Vargas Llosa, Carpentier, Lezama Lima, Cortázar ou
García Márquez, a laissé des empreintes chez l'auteur canarien.
"Une île est un territoire chargé d'électricité", écrit
León Barreto. "C'est aussi un excellent laboratoire de la
condition humaine", ajoute-t-il. La structuration imaginaire
complexe de cet univers correspond à l'organisation littéraire
particulière qui donne une forme et un sens à un monde
romanesque dans lequel s'entrecroisent le passé et le
présent.