Alexandre Jacob l'honnête cambrioleur : portrait d'un anarchiste (1879-1954)

Honnête ? «Qui est conforme ou qui se conforme aux règles
de la morale, de la probité, de la loyauté» nous dit le Petit
Larousse. Mais de quelle morale peut-il s'agir dans une société
régie par le capitalisme triomphant et soutenue par le principe de
la lutte des classes ? «Qui ne vole pas, ne fait ni escroquerie, ni
détournement» ajoute le Petit Robert. Hypocrite et légale ambiguïté
qui transforme l'honnête homme en mouton social, en bon citoyen.
Ce à quoi le non citoyen Jacob Alexandre Marius (1879-1954),
ex matricule 34777, peut répondre en 1932 : «Il y a une erreur,
disons le mot, un mensonge capital. Celui-ci : la délinquance est
l'exception, l'honnêteté la règle.» Loin, très loin des clichés de
l'extraordinaire aventurier, l'histoire de l'honnête Travailleur de
la nuit , du «cas témoin de l'illégalisme» (selon l'expression de
l'historien Jean Maitron) s'inscrit de toute évidence dans le cadre
d'une guerre sociale pensée et menée au nom de l'idéal anarchiste
à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, une époque que d'aucuns à fortiori ont osé
qualifier de Belle. L'histoire de Jacob finit par éclairer celle de tout
un mouvement. Et l'irrévérencieux cambrioleur, qui porte haut le
verbe libertaire, est appelé à payer très cher ses atteintes à la divine
et bourgeoise propriété. Mais le bagne et ses iniquités ne peuvent
briser un être probe, loyal et moral... un honnête homme.