Deux sabots sur la mer

Les événements politiques de l'été 1791 vont emmener François Décamp dans un
tourbillon aventureux qui va bouleverser toute son existence.
Contraint de fuir sa chère Normandie où il était marin pêcheur inscrit maritime à
Fécamp, les hasards de l'exil le conduiront à Brest... Dans ce port au comble de l'agitation
populaire, deux gabares sont en armement. L'une est baptisée la "Recherche" et
l'autre "l'Espérance". Ces deux fausses frégates sont destinées à naviguer de conserve
dans une expédition commandée par le contre-amiral Bruni d'Entrecasteaux. Ordonnée
par Louis XVI, roi vacillant, cette mission aura deux ambitions antagonistes. La première
sera de porter secours à J-F. Galaup comte de La Pérouse parti de Brest en 1785 dont
on est sans nouvelle ; la seconde sera de lever la cartographie et de découvrir les ressources
potentielles des terres australes encore inconnues. D'Entrecasteaux va alors se
trouver devant un dilemme ; d'une part, aller "vite" pour retrouver les équipages de la
"Boussole" et de "l'Astrolabe" et d'autre part, prendre le temps nécessaire pour mener à
bien des recherches scientifiques d'envergure...
Bien que les grandes lignes de l'expédition soient déjà connues, le quotidien des équipages
est resté dans l'ombre. François Décamp, engagé comme aide pilote à bord de la
"Recherche", va nous faire revivre les courts moments d'exaltation et les longs moments
de découragement.
En 1791, la santé des hommes s'épuisait dans les longues traversées bien avant d'entrevoir
l'indice ou la trouvaille capable d'orienter les recherches. De ces "deux sabots sur
la mer" François Décamp nous fera vivre le travail des matelots. Accroupis sept par sept
à même le tillac nous partagerons leur "plat" ou bien, nous serons confortablement servis
devant l'argenterie et la nappe blanche de la table des officiers. Avec François nous subirons
la rigoureuse discipline de la "Royale" et la rivalité interne entre les royalistes et
républicains. Toujours avec lui nous participerons aux grisantes découvertes... Plus tard,
impuissant, il nous fera assister à la maladie et à la mort des marins et de quelques
savants-passagers ; une centaine d'entre eux ne reverront jamais la France...