La forme interne du mot : études et variations sur des thèmes de Humboldt

Introducteur de la phénoménologie husserlienne en Russie, il a développé une
approche de la structure du mot qui est devenue le fondement de ses recherches dans
les domaines des sciences humaines. Sur cette base, il a donné les premiers éléments
de la sémiotique et du structuralisme, développés en particulier par Roman Jakobson.
Dans les années vingt, alors que la philosophie idéaliste n'avait plus le droit d'être citée,
l'esthétique et la linguistique sont devenues pour lui des domaines privilégiés, lui
permettant de reprendre et de développer ses idées fondamentales. C'est ainsi que,
dans le domaine de la linguistique, G. Chpet reprit à Humboldt l'idée de forme interne
pour l'appliquer, au mot lui-même, et développer progressivement sa propre
interprétation. Celle-ci consiste à dépasser l'idéalisme et le caractère abstrait dont est
encore empreinte la démarche de Humboldt, et à montrer qu'une autre approche du
mot et, par voie de conséquences, de la langue, demeure envisageable. Il s'agit
principalement de ne pas poser de force organisationnelle en dehors de la langue elle-même,
mais de montrer qu'il y a, dans le mot, dans sa structure fondamentale et
interne - et ceci, quelle que soit la langue utilisée - des éléments constitutifs et invariants
mais dont les rapports, quant à eux, peuvent changer.
L'ouvrage qui a été publié en 1927 puis mis de côté pendant toute la période
soviétique et publié de nouveau, en Russie, en 1996, est d'une grande importance
pour comprendre et reconstituer la réalité culturelle et la vie scientifique des années
vingt. Il permet aussi de révéler l'actualité scientifique de l'oeuvre de Gustav Chpet, qui,
par certains de ses aspects, fait écho aux recherches les plus récentes développées
dans le domaine des sciences cognitives et de la philosophie du langage.