Des tombereaux de désir : récit en trente-six fableaux

Récit constitué en 36 fableaux - vocable demeuré jusqu'à ce jour
clandestin et que l'auteur doit à Adrienne Monnier : un fableau étant la
réunion de la fable et du tableau. Trente-six tableaux aussi picturaux - ils
seraient alors impressionnistes, et s'apparenteraient davantage aux
tableautins, mais la chose demeure purement confidentielle, sans quoi il
faudrait dire fableautin... - que théâtraux - ils seraient alors tragicomiques,
plus oniriques que naturalistes.
Chaque fableau est relié au suivant par une absence. Plus exactement,
il en est le fruit. Une femme rencontre un homme, appelé le souffleur.
Cet homme est établi, sa vie construite.
Leurs rencontres vont devenir des escales pour la femme qui - errance
ou épopée - chemine en quête de retrouvailles, avec elle-même, avec
l'éros comme souffle de vie, avec la parole. La liaison avec l'amant,
comme avec l'absence, va lentement recréer la liaison entre les mots.
Ce qu'elle croit être l'errance de l'être privé de l'objet de son amour
se révélera reconquête de la parole endommagée, ou conquête d'une
parole nouvelle, à laquelle est restituée sa valeur créatrice, sa puissance
poétique - son souffle.
Trente-six expériences, fragments, passages, rencontres, attentes,
songes, pour finalement renoncer au souffleur et épouser dans la nuit profonde
le chant joyeux du Verbe.
« Elle a écrit tombereau. Elle a écrit ce mot, massif, désuet, tonnant, franc du
charroi, mais bringuebalant de la caisse, une sonorité comme on n'en fait
plus, tout droit sortie de l'ancienne voirie à gros pavés et à chevaux de trait.
Il se peut que ce mot lui soit venu un jour de grande suffocation. Elle n'en
pouvait plus de désirer. Elle se sentait lourde de son trop-plein de prières
inexaucées, l'Absolu leur étant plus sourd que d'habitude. Mais elle a du
talent et par bonheur sait raffiner sur ses insatiétés. Alors, elle s'invente un
tombereau plutôt qu'une catharsis, et du même coup elle nous propose une
image plus juste du volume de son désir, et de la nostalgie qu'il véhicule. »
(Extrait de la préface de Marcel Moreau)