Long term parking, Arman : dossier

Pour ceux qui voudraient, à proximité de
Paris, y garer leur voiture, ce parking-là est
fermé et définitivement complet : Long Term
Parking , ce sont cinquante-neuf voitures
empilées, logeant à jamais dans un immeuble
de béton planté au milieu d'un parc. Arman,
sculpteur pour les archéologues des temps
futurs, érige en 1982 cet emblème de l'ère de la
consommation de masse. Le terrain, à Jouy-en-Josas,
appartient alors à Jean Hamon, mécène
et producteur de l'oeuvre, et deviendra un
temps la résidence de la Fondation Cartier.
Long Term Parking fait partie d'une histoire
qui s'enracine dans le mouvement dada et se
prolonge avec les avant-gardes des années
1960. Alors que la peinture domine la scène
artistique, l'objet sort progressivement de la
toile quittant le champ de la représentation
pour celui de la présentation.
Est-ce parce que ce fils d'antiquaire a passé
son enfance dans l'univers de la brocante et
du meuble d'occasion ? Arman accumule les
objets en collectionneur invétéré.
Dans son oeuvre, l'objet apparaît tantôt multiplié
et tantôt en morceaux mais toujours il est l'acteur principal d'une aventure plastique
progressant par phases successives en suivant une logique interne. Doué aux yeux de
l'artiste d'une incomparable expressivité, qu'il s'agit d'accoucher, il est pris à parti dans ce
qui ressemble à un corps à corps : animé par un formidable besoin de se dépenser, l'artiste
entasse, brise, brûle, colle, éclate, écrase et découpe. L'objet est roi mais le nombre règne
sur lui, qu'il soit dentier, fourchette, masque à gaz, lampe, cafetière, violon ou voiture...
L'invasion des objets a eu lieu, Long Term Parking en est le témoin fossilisé.