Ces choses qui meurent et fleurissent

« Pauvre maman. Elle est morte parce qu'elle transportait un sac de blé. La voiture du fils du PDG d'une banque l'avait renversée. Le bassin brisé et la colonne vertébrale cassée comme une bûchette. L'enfant gâté était ivre. Il n'a pas été incarcéré. Avant l'assassinat de ma mère, mon père me parlait comme si j'avais son âge et que je comprenais tout ce qu'il disait. Il avait toujours un mot gentil pour moi. Mais cette tragédie l'avait catégoriquement changé. Il était devenu sombre et triste. Son regard était froid, et son visage ne laissait paraitre aucune émotion. Il parlait peu, mangeait peu, dormait peu, mais travaillait beaucoup, eh oui. Quand il revenait le soir à la maison, il ressemblait à un boxeur au dixième round. Le pauvre n'avait reçu aucun sou des assurances, mais une montagne de promesses. Promesse veut dire attente. Et l'attente est un repas rituel. Les magistrats n'ont pas fait leur boulot, parce que la vie des gens d'en bas ne vaut pas cher. À cette époque, j'étais comme un point sur un tableau. J'étais gamin et je croyais que seules les personnes faibles meurent, mais je comprenais que les gens ne sont pas égaux, et qu'il faut mourir pour être aimé. Le jour de la mort de ma mère, ce fut la fin de mon enfance. »