Art du comprendre (L'), deuxième série, n° 14. Goethe : phénomènes, signes et formes du monde

Monument des Lettres européennes, Goethe n'en reste pas moins
méconnu quant au fond de sa pensée. Celle-ci a pourtant
fortement irrigué son temps et marqué l'esprit européen. Hegel,
Nietzsche, Marx, Dilthey, Valéry, entre autres, l'ont lu avec ferveur.
Il s'agit donc ici de combler un oubli, reconnaître Goethe dans son
questionnement, et voir combien le penseur peut encore éclairer
une réflexion moderne, tournée vers le monde comme totalité
vivante et productive.
Héritière de Lucrèce, Pétrarque, Bruno ou Spinoza et de l'esprit
des Lumières, sensible à l'animation contrastée du réel, la pensée
de Goethe travaille à comprendre la présence du Monde, à même
les phénomènes. Rompant avec le surplomb des transcendances,
elle propose de suivre les phénomènes dans leur genèse, en tant
que naissance, croissance et déploiement.
Attentive à l'éclosion des formes de la nature, à tout signe qui
manifeste l'élan intrinsèque du vivant, la méthode de Goethe tente
d'unifier les champs du savoir dans une totalité jamais achevée,
voire déchirée, du moins toujours en métamorphose. Enveloppée
dans un tel jeu, l'existence humaine y est mise au défi du labeur ou
de l'oeuvre. Nature, histoire, politique et sociétés, sont alors autant
de signes adressés à l'homme, requis de répondre à une éthique de
l'excellence et de bâtir le poème de l'harmonie.
Ce numéro s'attache à explorer le génie polyvalent de Goethe,
aux prises avec la multiplicité du monde, confronté à l'incomplétude
humaine, s'expliquant avec ce qui vient ou se produit sans fin
et dont il faut savoir élever activement la Forme. Les enjeux anthropologiques
que soulève l'auteur du Faust , gardent toute leur
vigueur à l'ère de la mondialité technique.