Un transfert culturel au XIIe siècle : Erec et Enide de Chrétien de Troyes et Erec de Hartmann von Aue

Les articles qui composent ce recueil sont le fruit de deux journées
d'étude consacrées à l'étude du premier roman arthurien français, Erec
et Enide de Chrétien de Troyes, et à son adaptation allemande, Erec de
Hartmann von Aue. Bien que Hartmann s'inspire directement de Chrétien
et respecte dans les grands traits le texte et la « conjointure » du maître
champenois, il amplifie considérablement l'oeuvre française et surtout il
lui confère un sens nouveau, dû au contexte socio-historique allemand
et à une intention particulière. En effet, Hartmann donne à la matière
bretonne une dimension didactique et religieuse qui n'était qu'esquissée
chez Chrétien. Par de nombreuses allusions à l' Eneasroman de Heinrich
von Veldeke, il dépeint à travers Erec et Enite une forme d'amour idéal
qui s'oppose à la passion destructrice que Dido éprouve pour Eneas.
Enfin, la fonction ludique assumée par le narrateur - la mise en question
de l'autorité narrative unique et le jeu avec un public fictif - confère
au roman allemand des accents étonnamment modernes qui demeurent
uniques dans la littérature médiévale et le rapprochent de certains romans
du XVIII<sup>e</sup> siècle.
Les auteurs des articles regroupés dans ce volume traitent de nombreuses
questions ayant trait à l'écriture d' Erec et Enide et de son adaptation
en langue allemande. Ils s'interrogent notamment sur la conception de
«conjointure», le traitement du merveilleux («Joie de la Cour»), les
aspects religieux et la conception d'une nouvelle chevalerie, l'arrière-plan
socio-historique et le cadre culturel de référence propres à chaque
roman, ou encore sur la relation entre amour et chevalerie, bonheur
individuel et combat. Plusieurs contributions ont également pour objet le
traitement de problèmes de linguistique médiévale ainsi que la tradition
manuscrite.