Mami Wata la sirène et les peintres populaires de Kinshasa

La Bibliothèque d' Africultures
Mami Wata la Sirène et les peintres populaires de Kinshasa
Mami Wate, mother water : la mère des eaux, la sirène,
la déesse hybride, femme-poisson apparue et vénérée en
Afrique au moment de la rencontre entre Blancs colonisateurs
et Noirs bientôt colonisés. Certainement d'origine
européenne, et aussi indienne pour ses représentations picturales,
elle apparaît à ses débuts comme une simple manifestation
de l'aliénation coloniale. Elle accédera au statut
de déesse de l'empyrée vaudou du golfe de Guinée, nouveau
vaudou elle-même, plus moderne, plus puissant, qui
en remplace d'autres sur les autels des initiés ghanéens,
béninois, nigérians. Objet d'un culte qui se répand bientôt
dans toute l'Afrique occidentale et centrale, elle devient la
déesse préférée des « femmes libres » des villes africaines
post-coloniales, fait l'objet de rites propitiatoires, de magie
noire et de sorcellerie, mais est aussi source d'espérance en
une vie meilleure. Symbole de ces femmes libres qui
effraient et fascinent, elle devient au Congo-Zaire, à
l'époque Mobutu et avec la montée du sida, l'un des
thèmes dominants de l'art populaire congolais. Le mythe
de Mami Wata et son utilisation picturale révèlent une fois
encore le talent syncrétique de l'Afrique, ses facultés
d'adaptation et de survie.