Mon journal de la guerre 1914-1918 : du 15 juin 1917 au 11 novembre 1918

Décembre 1916 : Paul Frot a 19 ans et est étudiant. Il est appelé comme tous
ceux de la «classe 17» à rejoindre ses aînés et frères d'armes, dans le terrible
conflit mondial qui sévit depuis près de deux ans et demi et que l'Histoire
appellera «la Grande Guerre».
Six mois de préparation accélérée à l'École d'Officiers de Saint Maixent, et le
15 juin 1917, c'est le baptême du feu en Flandres où, de Coxyde à Nieuport, il
restera neuf mois entre tranchées et boyaux. Puis ce seront trois semaines
émouvantes et héroïques pour tenir les positions dans le Santerre, au prix de
brûlures graves causées par l'ypérite. Un peu de convalescence... et il part sur le
front à Verdun, dont la description, après les longs combats meurtriers, est
poignante. Le 165<sup>ème</sup> Régiment d'Infanterie, le sien, rejoint enfin l'armée de
libération du Général Mangin en août 1918 pour les ultimes combats jusqu'à
l'armistice du 11 novembre.
L'écriture de «son journal», étonnamment mature et belle, telle une peinture, lui
a certainement permis de faire de sa jeunesse «en enfer» un temps de
connaissance de l'homme, dans le respect de ses amis comme de l'ennemi.
Ce journal nous laisse en héritage un document militaire et historique rare avec
des noms entrés dans l'Histoire de notre pays ; il nous laisse aussi une réflexion
sur la conscience du prix de la vie :
«De la guerre, le Poilu ne voyait qu'une bande de terre morte, hérissée de fils de fer,
où des cadavres étaient étendus. Il ne voyait pas l'ennemi, terré à quelques pas, dans
un trou semblable...
S'il devait être un «héros de légende», n'oublions jamais qu'il y avait chez celui qui
risquait quotidiennement sa peau une immense pudeur...Puissent les quelques
souvenirs rassemblés ici lui apporter un témoignage authentique... Puisse-t-il s'en
dégager cette grande idée que le sacrifice de la vie de nos soldats n'a jamais été
consommé qu'avec leur entière conscience et avec toute la grandeur que comportaient
l'attente et l'espoir du but à atteindre : la victoire de notre armée.»