Moby Dick

Pour les aficionados de Melville et de Guerne, la traduction que ce
dernier a donnée de Moby Dick (en 1954, aux éditions du Sagittaire)
est un monument indépassable : le traducteur-poète est allé jusqu'à
s'initier au parler «salé» des matclots américains du XIX<sup>e</sup> siècle, tel
qu'il se trouve consigné dans les anciens lexiques marins ; et surtout
jusqu'à s'inventer un français hautement «melvillien», puisque le
grand romancier aimait à dire qu'il n'écrivait pas en anglais mais en
outlandish... la langue du grand Ailleurs.
Cette traduction est restée la plupart du temps introuvable au cours du
dernier demi-siècle. On envie déjà le plaisir et la surprise de ceux qui
auront à découvrir sa riche et rude saveur - que reconnaîtront tous
ceux qui ont fréquenté d'un peu près le vieil océan.
Quant au livre lui-même... resté à peu près inconnu du public au
temps de Melville, il n'aura été vraiment découvert qu'au XX<sup>e</sup> siècle, où
sa violente modernité paraissait enfin accordée à la période de
tempêtes qu'inaugurait alors l'Histoire - jusqu'à passer aujourd'hui
aux yeux de certains, aux yeux de beaucoup, comme le plus grand
roman de la littérature américaine.
Moby Dick , qui peut se lire comme le plus formidable des récits
d'aventures, est en effet autre chose et bien plus que cela. Car par-delà
les tribulations du capitaine Achab lancé à la poursuite de la Baleine
blanche se profile une autre quête : celle d'une humanité embarquée de
force à bord d'une histoire qui reste pour elle un mystère.