Les étincelles du bonheur

«Certains soirs où la nuit était particulièrement
belle, nous redescendions dans le jardin, afin de
mieux voir la lune.
Alors que le vent soufflait légèrement et faisait se balancer les ombres
des immenses cèdres du Liban comme des sentinelles imposantes
mais rassurantes, et que toutes les odeurs parfumées de cette terre
du Midi venaient chatouiller nos narines, ma grand-mère me prenait par
la main, et nous nous enfoncions tous les deux dans l'obscurité de la
nuit, seulement éclairés par la lune. Nous allions ramasser des feuilles
de tilleul pour faire une tisane ; ma grand-mère disait qu'elle aidait à bien
digérer, et à dormir, ce qui était vrai.
Et puis surtout, nous regardions notre amie la lune :
-
Tu vois, mon chéri, la lune est menteuse !
-
Pourquoi, Manette ?
-
Eh bien, lorsqu'elle est en forme de croissant, c'est qu'elle décroît, et
lorsqu'elle dessine au contraire un D, c'est qu'elle croît !
Depuis, je ne regarde plus tout à fait la lune de la même façon, et j'ai
appris à me méfier de l'apparence des choses.»