La France des Romanov : de la villégiature à l'exil

Splendeur et magnificence de la cour des Romanov en
France. Paris, Contrexéville, Biarritz, Cannes, Nice ou Saint-Briac
conservent les témoignages de cette passion exclusive
des Romanov. Ce serait l'impératrice Alexandra Féodorovna,
alors veuve de Nicolas I<sup>er</sup>, qui aurait lancé la mode de se rendre
à Nice, vers 1850. Le climat y est plus doux l'hiver pour les
santés fragiles et, sans protocole, la vie est si facile... La cour
impériale se fait construire de somptueuses villas et de belles
églises orthodoxes.
Parfois, elle mène grand train, une vie mondaine échevelée
- qui ne connaît la tournée des grands-ducs ? -, des nuits
d'ivresse dans les casinos de Nice et de Biarritz, dîners fins chez
Maxim's et french cancan à Pigalle. Paris adore ces clients qui ne
savent pas compter ! La culture s'enrichit de ces artistes russes,
qui renouvellent par leur créativité la scène française (les ballets
russes). Des liens se nouent, Chanel est amoureuse du
grand-duc Dimitri, Cocteau est fou de la princesse Natalie Paley.
La France est sous le charme et fait un accueil somptueux à
Nicolas II, pour sceller l'alliance franco-russe.
Après 1917, la France reçoit sans réserve les exilés de la
révolution russe, élite déchue réfugiée dans les grandes villas
devenues si tristes désormais, et bientôt obligée à travailler :
représentants en champagne, couturiers, modèles, chauffeurs
de taxi... Tristesse, nostalgie, l'heure n'est plus à la fête pour
ceux qui, selon le mot de Joseph Kessel, avaient si joliment
donné aux Français une «autre mesure de l'existence»...