L'exécution par la France des arrêts de la Cour européenne des droits de l'homme

Contrairement au triomphalisme persistant qui l'a conduite à admettre tardivement
le droit de requête individuelle, la France n'échappe pas aux condamnations
prononcées par la Cour européenne des droits de l'homme.
Toutefois, à partir du moment où elles réduisent les obligations qui découlent
du jugement européen à la réparation du préjudice subi, les autorités françaises
tendent à en neutraliser l'effet direct, censé limiter la marge d'autonomie étatique
au niveau de l'exécution.
Par contre, dans la mesure où il s'agit d'éviter le renouvellement de la condamnation
tout en préservant l'intégrité formelle de l'ordre juridique interne, on
assiste, parallèlement, à l'incorporation matérielle de la règle énoncée par la
Cour européenne avant de trancher le litige.
Pour autant, cette appropriation de la jurisprudence européenne n'exclut pas la
présence de forts signes de résistance au laminage des principes traditionnels
qui résulte de l'application d'un standard prétendument commun.
Au bout du compte, à l'image du recul, concédé mais étroitement circonscrit,
de l'autorité de la chose jugée par le juge national, la France, attachée à la
protection des droits de l'homme par des liens anciens, étroits et renouvelés,
admet difficilement l'assujettissement que postule l'affermissement du contrôle
supranational exercé conjointement par la Cour et le Comité des Ministres au
moment où le respect des droits de l'homme s'affirme comme le point d'ancrage
d'un continent en pleine recomposition.