Mon amour souverain

Août 1598, palais de l'Escurial : le roi Philippe II agonise dans
les pires souffrances. À son chevet, son ami le Hollandais
Marnix de Veer se souvient. Cinquante ans plus tôt, en
des temps agités où les guerres entre Espagne, France,
Angleterre se soldaient par des mariages stratégiques, Marnix
ne s'intéressait pas à la politique. C'est pour ses dons de mathématicien,
d'inventeur, d'architecte qu'il est entré au service du
prince héritier - ils ont tous deux vingt et un ans.
À présent il s'interroge sur sa loyauté inconditionnelle envers un
homme qu'il aime profondément alors qu'il a toutes les raisons de
le haïr. Leur amitié a été mise à rude épreuve lorsque Philippe,
séducteur notoire, lui a jadis volé l'amour de sa vie, Isabelle
Osorio. Avec les années, Marnix semble s'être résigné. Mais il n'a
jamais oublié Isabelle. Et sous le rapport de forces consenti, le
récit nous dévoile peu à peu son amertume et les velléités de
vengeance qui n'ont cessé de le hanter. Cet homme des livres et
des nombres est aussi capable d'accès de violence. Quand le roi
lui confie l'éducation des deux infantes, Marnix va-t-il saisir
l'occasion d'une revanche ambiguë sur son rival vénéré ?
Tomas Lieske fait la peinture subtile d'une étonnante relation
triangulaire, en jouant avec brio de registres variés. Malgré une
volonté affichée de sobriété, le narrateur cède à des élans de
sensualité et de lyrisme.