Cahiers de philosophie de l'Université de Caen, n° 52. Le je empirique des philosophes

Comment l'appel à l'expérience personnelle de l'écrivain-philosophe
peut-il servir d'argument et faire partie du projet même d'une philosophie
qui ne se satisfait pas d'un partage trop simple du singulier et de l'universel ? En
s'adressant à lui-même, Marc Aurèle réalise ce que Pierre Hadot a décrit comme
un «exercice spirituel» ; en décrivant son rapport à Dieu, en disant inlassablement
« ego », saint Augustin «confesse» à la fois sa foi, ses péchés et l'attente du salut.
Quant à Montaigne et Descartes, c'est en parlant d'eux-mêmes qu'ils font le récit
de leur aventure de pensée entre doute et certitude. Et c'est encore dans des textes
à la première personne que Biran, Comte et Nietzsche inscrivent la totalité de
leur existence dans leurs écrits. Le présent volume interroge l'utilisation par la
philosophie du «je» empirique, celui qui renvoie à une personne concrète et
non au sujet transcendantal.