De la pertinence des théories économistes de fécondité en Afrique

Face à ce que l'on a appelé l'explosion démographique du Tiers-monde, de nombreuses
théories se sont développées pour tenter d'expliquer la raison d'être et la
persistance d'une forte fécondité dans ces pays économiquement pauvres. Mais la plupart
de ces théories sont plus ou moins de type `économiste' (ou `économiciste') : elles
s'obstinent ou tendent à tout expliquer par une rationalité essentiellement économique,
indépendamment, ou presque, des systèmes socio-culturels et idéologiques des différentes
sociétés considérées.
Cette étude, basée sur une approche à la fois synchronique et diachronique, qualitative
et quantitative, remet fondamentalement en question la pertinence de ces théories dans
le contexte socio-culturel négro-africain et camerounais en particulier.
Elle montre, en effet, que ces théories sont non seulement critiquables au plan épistémologique
de par leur approche mécaniste, réductionniste, évolutionniste, ethnocentriste et
fondamentalement idéologique, mais qu'elles sont largement contredites par des données
empiriques issues des recherches anthropologiques et des enquêtes statistiques portant
sur ces populations.
Elle fait valoir que seule une approche globalisante, systémique et multidimensionnelle privilégiant
la logique signifiante du schème culturel par rapport à la logique `objective' de
l'avantage pratique et économique, et intégrant le système idéologique de ces populations,
peut permettre d'appréhender correctement la rationalité de la fécondité dans ce contexte.
Le problème de la fécondité touche, en fait, au coeur même de l'être et de la culture des
sociétés négro-africaines et devrait être abordé et traité avec beaucoup d'humilité et
d'humanité.