Le mariage a-t-il encore un avenir ?

«Ce serait la fin du mariage ? Quelle plaisanterie ! Le
philosophe reste coi un moment, il en oublie presque la
petite pensée têtue qui essaye de faire son chemin dans sa
tête. Il était sur le point d'aller plus loin, et de parler aussi
et plus encore de la fin du divorce. La fin du divorce ? Mais
vous rigolez ! Regardez autour de vous, il n'y a que cela !
Mais quel est ce mariage, quel est ce divorce qui
triomphent ? Car c'est comme cela qu'il est, le philosophe.
Perplexe. Il se demande juste si le même mot touche
toujours à la même chose. Et si on avait encore les mêmes
termes mais plus les mêmes réalités vécues ? C'est ce
trouble justement qui lève les pensées, qui donne à penser.
Or ce trouble ici, nous n'y pouvons rien, nous l'avons.»
Penser l'invention simultanée du mariage et du divorce,
c'est mesurer combien ils ne se réduisent pas à une affaire
privée mais impliquent une dimension politique. C'est
tout le mythe occidental et moderne du couple amoureux,
qui fascine et qui déçoit. Dans une société qui luttait
contre la servitude, le divorce marquait une émancipation
; mais dans un monde gangrené par l'exclusion, le
divorce voile les conflits sous une façade de consensus.
Qu'est donc devenu le mariage librement consenti dont il
était la condition ?