Je l'ai tué, dit-elle, c'est mon père

Je l'ai tué, dit-elle, c'est mon père

Je l'ai tué, dit-elle, c'est mon père
Éditeur: EPEL
2005379 pagesISBN 9782908855807
Format: BrochéLangue : Français

Montevideo (Uruguay), été 1935. Un fait divers secoue la ville : Iris Cabezudo,

une jeune et brillante étudiante, vient de tuer son père d'un coup de revolver.

Déclarations devant le juge, articles de presse, jugements, expertises médicales,

version écrite par la mère, archives, témoignages, récits d'Iris elle-même dont la

qualité littéraire a aussitôt été reconnue, composent ici un ensemble rare par son

étendue et sa diversité.

Presse et justice accueillent d'emblée la version maternelle des événements que

la jeune fille reproduit comme en écho : le père tyran menaçant et violent, la mère

victime de cette violence dont les enfants étaient témoins. Expertises psychiatriques

à l'appui, le juge conclut à un non-lieu : Iris aurait tué sous la menace de la folie

meurtrière de son père, pour y mettre fin. Libérée après une année de prison, elle

retourne dans sa famille et achève ses études d'institutrice.

Elle découvre alors, surprise, que son acte n'a pas eu les effets escomptés. Loin

d'avoir mis un terme à l'enfer familial, il l'a renforcé. La mère continue à multiplier

les reproches à l'encontre du mort. Scrutant sa conduite, Iris conclut que c'était

elle, cette mère si idéale et idéaliste, la véritable cause des malheurs familiaux.

Qu'est donc la persécution pour pouvoir si radicalement basculer d'une adhésion

sans partage à un refus forcené ?

Décembre 1956 : Iris demande qu'on examine sa mère. Elle la tient pour folle.

Réaction immédiate du psychiatre : diagnostiquée et hospitalisée comme

paranoïaque, Iris se trouve plus démunie face à l'ordre médical qu'après son crime.

Elle s'en explique par écrit.

Elle sera alors autorisée à sortir de l'hôpital, mais à deux conditions : quitter la

maison paternelle et accepter sa mise à la retraite. La voici contrainte à vivre,

vagabonde dans la ville, sans le moindre appui.

Bientôt s'étend son réseau de persécuteurs ; sans cesser d'être familiale, sa

question devient sociale. En désaccord avec les directrices d'école et les autorités

de l'Éducation, Iris donne son point de vue critique sur la fonction enseignante, le

système d'enseignement, les dangers liés à l'intrusion des catholiques dans la laïcité

de l'école uruguayenne.

Quel rapport établir entre le crime (qui lui fait dire à la police : «Je l'ai tué, c'est

mon père») et ce délire en deux scènes par lequel elle essaie vainement de

s'expliquer ?

Iris Cabezudo fut, en Uruguay, ce que furent les soeurs Papin en France,

l'instituteur Wagner en Allemagne, James Tilly Matthews en Angleterre : non

seulement un de ces rares cas fondateurs de la psychiatrie mais une de ces affaires

qui ne cessent d'interroger le social comme tel.

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