Sur la voie des chevreuils : figures d'autrefois du Bourbonnais au Morvan

Sur la voie des chevreuils : figures d'autrefois du Bourbonnais au Morvan

Sur la voie des chevreuils : figures d'autrefois du Bourbonnais au Morvan
Éditeur: Montbel
2009189 pagesISBN 9782914390903
Format: BrochéLangue : Français

Les souvenirs et les anecdotes des chasses à courre du rallye

Les Amognes et des portraits de chasseurs pittoresques et hauts en

couleurs (le curé, le maire, le piqueur, le braconnier...) du Morvan

et du Bourbonnais.

«- Eh bien voilà, monsieur Arnaud, finit-il par dire sans

préambule, contrairement à son habitude, mais

en respectant les usages de prudence, appris dans les grands

équipages de sa jeunesse, je crois avoir rembuché Gustave

dans les jeunes sapinières des Terres Rouges.

Il aurait annoncé l'arrivée de la reine d'Angleterre qu'il

n'aurait pas eu plus de succès.

Gustave était un énorme et vieux solitaire de près de 300 livres.

Depuis plusieurs années, il venait régulièrement manger les

châtaignes dans les Montproux. Mais très méfiant, il ne s'arrêtait jamais

et allait se remettre à 2 ou 3 lieues de son gagnage.

... Les griffons, cependant de belle taille, semblaient minuscules à côté de la masse énorme

du solitaire. Ils aboyaient à distance respectueuse et leurs gorges puissantes, aux intonations

tragiques, résonnaient dans la vallée.

Le professeur Duverger, à l'abri d'un modeste pommier sauvage, appelé en morvandiau

un "crâier", ajusta et tira. Gustave fit un bond prodigieux qui dispersa la meute. Puis, apercevant

l'auteur de ce dérangement incongru derrière son pommier, il fonça sur lui comme

un furieux. Le professeur Duverger envoya son second coup de fusil au jugé et jetant son

arme au loin, grimpa en vitesse dans les branches basses du pommier.

Il était temps ! Le sanglier donna un formidable coup de boutoir sur le tronc qui ébranla

l'arbre jusqu'à la cime.

Le malheureux chasseur, branché trop bas, s'efforçait de maintenir ses jambes à l'abri des

atteintes de son assaillant. Mais son postérieur restait exposé, en suspens, juste à la limite

des possibilités vengeresses de Gustave qui en frôlait de son groin la fragile enveloppe. Ce

bougre d'animal revenait à la charge avec l'intention manifeste d'atteindre son objectif.

Le professeur, se voyant perdu, appelait à son secours tous les anges du paradis et tel un

guerrier grec insultait son irascible adversaire. Il fut enfin exaucé !

Un coup de feu claqua sec sur sa gauche dominant le vacarme de la meute.

Gustave s'effondra au pied de l'arbre et en même temps le professeur Duverger, à bout

de force, tomba du pommier comme un fruit mûr.

Il atterrit sur le dos du sanglier, à l'instant même où les chiens, tous crocs dehors, se précipitaient

pour piller l'ennemi vaincu. Il crut à nouveau sa dernière heure venue et propulsé

par l'énergie du désespoir, il jaillit tel un diable de la mêlée pour échapper à cet autre et cruel

danger.

Devant lui, très calme, Élisabeth, à cheval, remettait tranquillement son arme dans les fontes

attachées à l'arçon de sa selle. Puis prenant sa pibole, elle annonça la mort de Gustave.»

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