Classe fantôme : chroniques ouvrières

«Le patron quitte la salle, et nous, les manifestants,
nous restons sur les lieux, à savourer cet instant. On
s'installe, même. Une minuscule victoire. On le sait,
les manifestants le savent, ce n'est qu'un recul de la
direction. Sa volonté de fermer l'usine ne s'est pas
envolée, il faudra se battre et ce ne sera pas facile.
Pour l'instant, il s'agit surtout d'une affaire de dignité,
de montrer qu'on ne se laisse pas faire, que derrière
chaque matricule de l'usine il y a une personne.»
La classe fantôme, celle dont on ne parle plus, que
l'on consent seulement à exhumer le temps d'une
élection (la «France d'en bas») pour les besoins
d'une cause qui n'est plus la sienne, est formée de
plus de 7 millions d'ouvriers. Cette classe ouvrière
devenue invisible pour le reste du monde, Jean-Pierre
Levaray, ouvrier lui-même, nous la fait
découvrir à travers les portraits de quelques
compagnons d'usine, tentant d'échapper à l'ensevelissement
avec l'énergie du désespoir.