La tentation de Capoue : anthropologie du mariage et de la filiation

Le mariage et la filiation se trouvent à nouveau objets de débats dans les sociétés
occidentales. Pourquoi hésite-t-on à se marier et à concevoir des enfants ? Que se passe-t-il
pour que le mariage et la filiation, fondés sur l'altérité sexuelle, soient revendiqués de
façons de plus en plus contradictoires ?
Pour certains, le mariage, au lieu d'être la preuve - notamment juridique - de
l'engagement d'un homme et d'une femme devant la société, deviendrait un signe de
reconnaissance sociale des sentiments qui attachent les personnes les unes aux autres. Se
marier, ne pas se marier, peu importerait pourvu que les sentiments fussent authentiques.
Mais est-ce cela le mariage ?
Selon la même logique, l'expression sexuelle entre un homme et une femme serait aussi
dissociable de la procréation. L'enfant ne deviendrait-il pas alors davantage recherché pour
l'épanouissement de l'adulte que pour lui-même. Est-ce cela le sens de la filiation ?
Sur le même raisonnement, la conjugalité se trouverait également opposable à la
parenté, l'indissolubilité du lien conjugal étant alors remplacée par l'indissolubilité du lien
parental. Mais alors, que deviennent les enfants dans cette volonté des adultes de tout
désunir ?
Enfin, le mariage et la filiation, dissociés de la différence sexuelle, laisseraient supposer
qu'un enfant peut se concevoir, être adopté et éduqué en dehors de cette différence
fondamentale. Mais quel avenir pour une société qui, préférant s'édifier sur la primauté des
désirs personnels, éviterait de s'organiser autour de l'altérité sexuelle ?
Cet ouvrage se propose d'engager une réflexion anthropologique et socio-psychologique
sur le sens du mariage et de la filiation dans une perspective
pluridisciplinaire et interreligieuse. Ce travail s'avère d'autant plus essentiel à l'heure où,
sous couvert d'ambivalences sémantiques et conceptuelles, se multiplient les
expérimentations visant à valider de nouvelles formes de familles.
La tentation de Capoue est à l'image d'une société qui, suivant les idéaux de 68,
prendrait le principe de plaisir comme référence exclusive au détriment du principe de
réalité, alors que ces deux dimensions doivent être associées à l'égard du mariage et de la
filiation.