Angkor, VIIIe-XXIe siècle : mémoire et identité khmères

Les temples d'Angkor ont tout pour exciter l'imagination. Ils témoignent
d'une prestigieuse capitale, unique par son ampleur comme par la dimension
de l'empire qu'elle a construit en Asie du Sud-Est à l'époque de notre
Moyen Âge. Leur architecture pétrie de culture indienne, le sourire sculpté
dans la pierre comme les bas-reliefs racontent une histoire encore mal
connue. Ajoutant au mystère, ils ont été repris par la forêt qui, parfois
encore, ne desserre pas son étreinte sur la pierre ; en effet, il y a quelque
cinq siècles, cette capitale a été abandonnée. Y a-t-il continuité entre l'ancien
empire khmer et le Cambodge actuel ? Depuis qu'ils ont été redécouverts
au XIX<sup>e</sup> siècle, et restaurés par l'École française d'Extrême-Orient,
ces temples ont focalisé l'attention sur cette partie de l'Asie
du Sud-Est : leur étude n'est pas pour rien dans le développement de
l'orientalisme français, leur image - toujours présente dans la littérature
et le cinéma - se confond souvent avec celle de l'Indochine coloniale
et, depuis l'indépendance du Cambodge proclamée en 1953, leur
silhouette orne le drapeau national, tous régime confondus.
Après plus de vingt ans de guerre et de tragédie nationale, Angkor ressurgit,
fixant l'attention tout à la fois des nouveaux dirigeants
du pays, de l'Unesco, qui a classé le site au patrimoine mondial
de l'humanité en 1992, et du tourisme international.
Le nouvel ensemble urbain de Siem Reap-Angkor s'affirme : les ruines,
pour beaucoup rétablies dans leur ancienne splendeur, les représentations
auxquelles elles ont donné lieu et des générations de villes s'y confondent
et s'y côtoient dans une forêt de symboles.