Economie politique (L'), n° 37. Qu'est-ce que l'économie de marché ?

L'Economie politique n° 37
L'économie de marché est-elle libérale ?
La question peut paraître a priori saugrenue. Donner plus de place au marché entraîne forcément les économies vers plus de libéralisme, c'est une évidence. Le marché est libéral.
En tout cas, celui de la théorie économique dominante l'est. Comme le résumait Maurice Allais en 1954, « toute situation d'équilibre d'une économie de marché est une situation d'efficacité maximale, et réciproquement toute situation d'efficacité maximale est une situation d'équilibre d'une économie de marché ». Fermez le ban, la messe est dite.
Sauf que cette représentation des choses a fini par gêner, y compris les économistes les plus « orthodoxes ». Ils ont admis que, pour que le marché existe, il fallait que les acteurs du marché se fassent confiance, donc se connaissent, et donc qu'il existe des règles de sociabilité hors marché, et même une forme de coercition politique pour les faire respecter. Mauvais coup pour l'interprétation libérale du marché.
Mais cela n'était encore rien, par rapport au véritable coup de massue infligé à la vision libérale du marché quand les historiens ont commencé à se pencher sur la façon dont les marchés ont fonctionné concrètement. Ils ont été surpris de découvrir des comportements bien éloignés du libéralisme de la théorie. Dans l'économie de marché, la concurrence est rarement libre et quasiment jamais « non faussée ». Au même titre que d'autres instances de régulation, l'Etat y est toujours présent, réclamé par les acteurs privés eux-mêmes ; et les compromis politiques sont à la base des règles qui permettent aux marchés de fonctionner. Qui a dit que le marché était libéral ?