Brusque chagrin

Aux yeux du monde, François, le héros de Brusque
Chagrin , mène une vie en tout point normale : il travaille
beaucoup, prend la parole dans des colloques, voyage
fréquemment, donne des consultations, écrit des livres, est
invité à participer à des débats télévisés, nourrit de bonnes
relations avec de nombreux collègues et peut s'appuyer en
toutes circonstances sur l'amitié fraternelle qu'il a nouée avec
Vincent pendant leurs années de collège...
Derrière cette apparence François est un forcené en proie à
une furie amoureuse, consumé par une passion d'autant
plus forte qu'elle a pris dès le premier jour le tour fatal des
passions imaginaires. De ces passions dans lesquelles toutes
les rebuffades sont retournées et acceptées, où le patient est à
la fois le procureur et l'avocat de son amour, et où tout ce
qui devrait l'éloigner de l'aventure mal engagée et sans espoir
dans laquelle il s'est lancé, en renforce encore le besoin.
«L'Amour, c'est offrir quelque chose que l'on n'a pas à
quelqu'un qui n'en veut pas» : la sentence lapidaire de
Jacques Lacan aurait pu servir d'exergue à ce roman où
l'ivresse amoureuse, ni condamnée, ni excusée, est seulement
exposée dans son universelle et pitoyable nudité. Comme un
miroir grossissant, peut-être, mais comme un miroir.