L'enracinement créole : chronique de l'extinction du régime colonial aux Antilles françaises, la zone des cinquante pas géométriques

Le pouvoir colonial, dès le début de son installation aux Antilles, y avait établi, à son profit, la «zone des cinquante pas» et a très peu consenti, depuis lors, à en aliéner des portions.
Cette vaste réserve domaniale, dont la constitution est contemporaine de la mise en vigueur du Code noir, apparaît, plus de cent cinquante ans après l'abolition de l'esclavage, comme le rémanent du pouvoir colonial.
Depuis de très nombreuses années, beaucoup de Guadeloupéens et de Martiniquais, qui sont contraints, en raison de l'existence de cette zone, d'en squattériser des parcelles pour y construire des habitations et de vivre ainsi, dans des conditions précaires, dans leur propre île, en éprouvent un mal-être et une profonde amertume.
La loi du 30 décembre 1996, partant du constat que l'État n'a plus de raison d'imposer une domanialité sans lien avec l'exercice de ses compétences, leur permet, désormais, dans le respect de l'environnement, d'acquérir les terrains de la réserve domaniale; elle s'inscrit dans le sens de l'enracinement créole et consacre, par suite de la disparition de la zone, l'extinction du régime colonial dans ces îles.