Oeuvres complètes. Vol. 4. Dialogues socratiques

"Le matin, Socrate allait aux promenades et aux
gymnases, se montrait sur l'agora à l'heure où elle est
pleine de monde, et se tenait le reste de la journée
aux endroits où la foule était la plus nombreuse ; il y
parlait souvent, et qui voulait pouvait l'entendre.
Il ne discourait pas, comme la plupart des autres
philosophes, sur la nature de l'univers, recherchant
l'origine spontanée de ce que les sophistes appellent
cosmos, à quelles lois fatales obéissent les phénomènes
célestes ; il prouvait même la folie de ceux qui se
livrent à de pareilles spéculations.
D'abord il examinait s'ils croyaient avoir assez
approfondi les connaissances humaines, pour aller
s'occuper de semblables matières, ou bien si,
négligeant ce qui est du domaine de l'homme pour
aborder ce qui appartient aux dieux, ils s'imaginaient
agir d'une façon convenable.
Il s'étonnait qu'ils ne vissent pas clairement que
ces secrets sont impénétrables à l'homme, puisque
ceux même qui se piquent d'en parler le mieux sont
loin d'être d'accord les uns avec les autres, mais se
regardent mutuellement comme des fous."