Fragment d'une douleur au coeur de Brazzaville : mbonguila mwana

" Ce matin, nous nous sommes réveillés le coeur dans la main, le ciel
sur nos épaules, assis dans le brouillard de la surprise. Deux jours
passés dans l'angoisse d'un lendemain que nous croyons se rétablir.
Cette nuit les armes ont tellement dialogué entre elles que la nudité
de notre peur s'est manifestée. Ouenzé accouche petit à petit son
inquiétude importée de l'autre côté de Mpila. L'arbre des saisons a
fait tomber ses feuilles, ses fleurs et ses fruits. Le jour n'a plus d'axe
et à midi le soleil s'est bloqué dans l'engrenage des nuages. Le
silence plein d'inquiétude s'est déposé comme une chape d'ozone sur
Ouenzé. La vie s'est découverte triste avec ses gencives rosés sur
fond de joie et de tristesse. La nuit est tombée dans mes yeux, dans
nos yeux de Brazzaville-Nord qui scrutent l'horizon. Des bruits
partout. Des bruits qui rappellent le Congo profond dans sa diversité
linguistique ". Ainsi défile dans les méandres de la mémoire de l'auteur
les soubresauts et turpitudes d'un destin cauchemardesque au
carrefour d'un commencement des douleurs qui vont s'étendre sur
plusieurs mois. Des mois où la queue de la Bêtise humaine va
fouetter tous les Congolais. Fragment d'une douleur au coeur de
Brazzaville apparaît comme une autre face poétique du roman Les
Enfants de la guerre de l'auteur dans un langage où dansent les mots
et les maux de la guerre de juin 1997.