L'anthropophage des Pyrénées : le procès de Blaise Ferrage, violeur et assassin à la fin du XVIIIe siècle

Le 13 décembre 1782, Blaise Ferrage, cadet d'une modeste famille de paysans
du village de Cescau, aujourd'hui en Ariège, était roué vif à Toulouse
pour avoir violé vingt-deux bergères, tenté d'assasiner l'une d'elle ainsi que
son propre oncle, abattu un Espagnol, incendié une grange et commis de
nombreux vols.
Ces crimes dépassent largement le fait divers sanglant dont se délectaient
déjà les «canards», feuilles à sensation nées un siècle plus tôt. Le procès de
Castillon-en-Comminges témoigne d'abord de la quotidienneté de la violence
dans le monde rural. Aux yeux de ses voisins, Blaise n'était plus digne de la
«réputation» qui légitimait la place de chacun dans la communauté.
Ce procès exemplaire parvint aux oreilles du roi à Versailles. Il illustra à sa
façon les interrogations qui taraudaient les élites à la veille de la Révolution :
les crimes de Ferrage symboliseraient la barbarie rurale opposée à l'ordre
rationnel de la Cité. A travers «l'ogre paysan», les Lumières ont stigmatisé
aussi la dégénéresence morale incarnée à la même époque par Sade.