Scènes : diptyque

Qui, de l'homme, Pierre, ou de la femme, Anna, soumet
l'autre, l'absorbe, le phagocyte, le recrée à sa propre
image dans le miroir déformant des mots ? Lequel des
deux impose son «un» ? L'un, puis l'autre, accomplissent
ce forfait conjugal. Verbatim. Avec passion, minutie et
véhémence. La bande-son des scènes est un rempart
contre l'oubli. Mais elle est lacunaire, remontée, truffée
de bruits parasites et de paysages sonores qui viennent
en perturber l'écoute. À deux, Pierre puis Anna génèrent
un diptyque où l'épouse efface consciencieusement
les traces laissées par son mari dans son carnet bleu.
L'auteur s'en lave les mains ou se cure les ongles, laissant
au seul lecteur le soin de répondre à la difficulté soulevée
par Mencken : lequel des deux «ne fait plus qu'un» du
couple ? Lequel n'en fait qu'une bouchée ?