Jean-Roger Sourgen : peintre d'Hossegor et des Landes

Ami des poètes Francis Jammes, Gabriel Dufau et Loys Labèque, célébré par la critique et les écrivains
d'Aquitaine, Jean-Roger Sourgen s'impose dans l'entre-deux-guerres comme le peintre d'Hossegor et
des Landes. Naturaliste et visionnaire, mystique et païen, Landais et Basque, cet autodidacte
inclassable, au parcours atypique, fixé dès 1925 dans une villa de la cité-jardin construite par Henri
Godbarge, est un être double : Sourgen, peintre et oiseleur, en qui la presse salue un nouveau
primitif, compose avec la modernité Art déco. Il rassemble dans un triptyque nostalgique - étang,
dune et forêt - les principaux motifs du paysage indigène. Désormais, l'âme landaise, toute de
grandeur triste et mystique, est pénétrée.
Enchâssé dans les pins, serti, tel une opale, le lac d'Hossegor, inlassablement répété, dans un
permanent désir de fusion, est conçu comme une scène de théâtre avec praticables, que l'artiste
modèle au gré de sa fantaisie. Présence silencieuse, insaisissable mirage, le lac tient à distance le
spectateur ; son essence est d'être interdit, transparent mais impénétrable.
Lieu protecteur, vaste et clos, la forêt de pins est l'autre asile du peintre. Ses troncs gemmés, image
du sacrifice, révèlent le bon chemin, la voie du salut. Théâtre d'ombres où se réalise la conjonction
de la lumière et des ténèbres, c'est une halte essentielle dans le cheminement individuel de l'artiste.
Les dunes, parfois scène de pulsions obscures, incarnent la nature vierge dont le peintre s'étonne
sans cesse. Nulle vie ne trouble la paix de ces déserts où le vide devient signe de plénitude. Dans
ce paysage de l'absolu, d'où l'homme est exclu ou dont la présence est perçue comme étrangère,
l'artiste imagine le regard de Dieu juste après la création.
Parce qu'il laisse une oeuvre unique aux aspects multiples, Sourgen, poète de l'ambivalence, apporte
une contribution décisive à la culture landaise.