L'épouvante, l'émerveillement

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Les monsieurs dans la terre, pourquoi on écrit des
choses dessus, puisqu'ils peuvent pas lire, ils sont dessous,
et puis ils ont plus d'yeux ?
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C'est pour les vivants, pour que les gens puissent lire le
nom des morts.
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Pourquoi ils veulent lire le nom des morts ?
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C'est quelquefois des beaux noms. Et puis souvent on
écrit des choses.
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Quelles choses ?
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Par exemple : "Regrets éternels."
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Ça les fait démourir quand on écrit ça ?
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Non.
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Tu vois bien : écrire, ça sert à rien. Moi j'aime pas.
Quand t'écris "maison", t'as pas une maison. Quand tu
dessines une maison, t'as une maison, tu peux la regarder.
En 1977, Béatrix Beck emprunte la voix
de Paméla pour effectuer un retour en littérature
étonnant, après dix ans de silence. Les
mots que l'auteur prête à l'enfant composent
un tableau tour à tour enchanté et cruel de
la découverte du monde, de l'apprentissage
de l'autre, du langage, de la crainte, du plaisir.
De 2 mois à 13 ans, Paméla se raconte à
voix haute. Sous la plume de Béatrix Beck,
souvent cocasse, parfois tragique, la fillette,
sa mère et sa grand-mère dressent un portrait
déroutant de la féminité.
Les dessins de Gaël Davrinche accompagnent
l'éveil au monde de Paméla, et c'est
avec maîtrise et jubilation qu'il investit le
livre en alternant emprunts aux chimères de
l'enfance et visions truculentes du texte.
Béatrix Beck, disparue en 2008, a obtenu
le prix Goncourt en 1952 pour Léon Morin, prêtre.