L'expérience du vers en France à la Renaissance

Oulipien, le XVI<sup>e</sup> siècle ? Reconnaissons du moins qu'il
constitue pour la France une période singulière en
matière de versification. On lui doit une part non
négligeable des termes qui nous servent encore
aujourd'hui à désigner des faits métriques (césure,
décasyllabe, diérèse, hémistiche, quatrain, strophe...),
comme l'introduction du sonnet, de l'alternance des
rimes ou la «redécouverte» de l'alexandrin. Plus
fondamentalement, on lui doit un grand nombre de
débats, de réflexions et d'expérimentations de toutes
sortes. Parmi d'autres, les poètes et les théoriciens
cherchent ainsi à construire le partage entre vers et
prose, à trouver les moyens pour la prosodie vernaculaire
de conserver ou de restituer, par d'autres voies, les
prestigieuses métriques anciennes. Ils cherchent encore
à exploiter les possibilités expressives du vers et de la
rime, adaptant ceux-ci, autant que faire se peut, au
sujet ou au destinataire des poèmes par un processus
mimétique qui veut que l'harmonie créée par les sons,
les nombres et leurs rapports reproduise celle des objets
du monde.
Dans le prolongement de la lyrique médiévale et de son
foisonnement, mais avec d'autres formes et d'autres
cadres, le vers français à la Renaissance s'essaie alors
tous azimuts. C'est ce moment, parfois sous-estimé,
d'expérimentation et d'effervescence autour des
possibles du vers et de la prosodie vernaculaire, dont les
contributions de ce volume cherchent à rendre compte.