Le riz dans la culture de Heian, mythe et réalité

À l'origine de ce livre, il y a une volonté de remonter aux sources
de la civilisation rizicole du Japon. Selon une théorie très répandue, la
riziculture constituerait depuis deux millénaires le fondement de la
«japonité» et serait l'assise de la civilisation nipponne, la rizière
symbolisant le territoire et la société du Japon. Or, les textes historiques
de l'époque ancienne (VIII<sup>e</sup>-XII<sup>e</sup> siècles ap. J.-C.) parlent non seulement
de riz, mais aussi des «cinq grains», notion qui symbolise les diverses
céréales. Plutôt que le riz seul, ces «cinq grains» ont joué un rôle
essentiel dans les rites religieux et les célébrations de la cour impériale.
L'économie de subsistance était elle-même plutôt caractérisée par une
polyculture.
En effet, agriculture n'est pas synonyme de riziculture, pas plus au
Japon que dans les autres pays asiatiques. Le présent ouvrage propose
une approche plus large qui place l'histoire de la riziculture japonaise
dans le contexte général des techniqus de production et de consommation
des aliments végétaux. Ceux-ci comprennent non seulement le riz, mais
une diversité de céréales et de légumes cultivés ainsi qu'une grande variété
de fruits de la nature, collectés mais non cultivés. Ces denrées végétales
ont fondé, toutes ensemble, les traditions culturelles du Japon.