Le souvenir de tout ça : amours, politique et cinéma

De ses débuts à Broadway en 1939 à la grande époque de
la comédie musicale hollywoodienne après-guerre, Betsy
Blair a partagé la vie et le succès de Gene Kelly. Brillante
actrice, elle remporte en 1955 la Palme d'or à Cannes
pour le film Marty. Politiquement engagée, Betsy Blair
est mise sur la liste noire pendant le maccarthysme.
N'ayant jamais adhéré au système d'Hollywood, elle a
toutefois côtoyé maintes célébrités du monde entier, dont
des intellectuels et des artistes d'Outre-Atlantique qui
lui ont insufflé son amour de l'Europe (Charlie Chaplin,
Orson Welles, Leonard Bernstein). Se séparant de Gene
Kelly au début des années cinquante, elle s'installe à Paris
pour vivre avec l'acteur Roger Pigaut, avec qui elle fonde
les Productions Garance (d'après le nom du personnage
d'Arletty dans Les Enfants du Paradis ). Elle épouse par
la suite le réalisateur Karel Reisz, pape de la nouvelle
vague cinématographique anglaise, avec qui elle
partagera quarante belles années de joies personnelles
et de création, jusqu'à la mort de ce dernier en 2002.
À travers ses mémoires, Betsy Blair évoque avec une
lucidité affectueuse les personnalités hors du commun
qu'elle a eu la chance de croiser. Au fil des pages, le
lecteur pénètre sur son invitation dans l'intimité du
cinéma américain et européen. Composant avec
vivacité et franchise le récit de son initiation, elle décrit
sans fard son quotidien de femme ordinaire propulsée
dans un milieu privilégié et une époque politiquement
trouble. Une femme généreuse et passionnée,
terriblement attachante, à la manière des héroïnes
d'Edith Wharton ou d'Henry James.