Ficelles

«Demain je serai libre...» : c'est par ces mots que débute
le premier roman de Didier Pourquié, étrange récit de l'errance
(mais en est-ce une ?) d'un personnage énigmatique.
Quel est cet homme qui sort de l'asile : un innocent, un fou,
un meurtrier cynique et calculateur ?
Une fois dehors, une marionnette sans visage sous le
bras, celui-ci part à la recherche de son identité, semblant
en même temps suivre la piste des assassins de sa femme.
Un homme plus étranger à lui-même que le Meurceau de
l'Étranger de Camus, à quoi ce roman fait irrésistiblement
penser, et pour lequel le lecteur devra déterminer qui tire
les ficelles de la vengeance qui s'exécute : le hasard, la
colère, la volonté d'oublier. Ou bien cet autre moi qui
habite de plus en plus souvent le personnage et aspire
étrangement à lui prendre sa place, à le vampiriser.
À l'image de la marionnette sans visage qui accompagne
notre homme toujours et partout, dans un décor de ville
balnéaire puis de collines perdues, le lecteur pourrait bien
être lui aussi le jouet d'une écriture blanche qui, sous sa
clarté trompeuse, s'évertue à l'interroger sans cesse.