Critique, n° 659. Traces, mémoires

Comprendre une image ? L'expérience nous enseigne qu'il faut se mettre, en la regardant, à l'écoute de sa teneur temporelle, cette polyrythmie dont elle est toute tissée. Or, les modèles historiques standard - passé et présent, ancien et nouveau, obsolescences et renaissances, moderne et postmoderne - échouent à décrire cette complexité. Prolongeant une enquête sur l'anachronisme menée dans Devant le temps, ce livre propose de redonner valeur d'usage à une notion délaissée par les sciences historiques : la survivance. Façon d'interroger, au cœur même de leur histoire, la mémoire à l'œuvre dans les images de la culture.
C'est Aby Warburg (1866-1929) qui, le premier, fit de la survivance (Nachleben) le motif central de son approche anthropologique de art occidental : il est ici étudié dans sa logique, dans ses sources et dans ses résonances philosophiques, qui vont de l'historicité selon Burckhardt à l'inconscient selon Freud en passant par les survivals selon Tylor, l'éternel retour selon Nietzsche, la mémoire biologique selon Darwin, la morphologie selon Goethe, l'empathie selon Vischer, la phénoménologie du temps vécu selon Binswanger...