Migration et politique au Moyen-Orient

Les migrations internationales constituent aujourd'hui, dans toutes les régions
du globe, un enjeu majeur du politique. Elles font l'objet d'accords internationaux,
engendrent des litiges diplomatiques et, surtout, défient en permanence l'ordre du
«national». L'immigrant se heurte à des frontières, spatiales et administratives ;
l'émigrant renégocie en permanence ses relations à son pays d'origine. Aussi
les migrations obligent-elles sans cesse à repenser les frontières, les manières
de conceptualiser un territoire et, plus largement, la souveraineté politique d'un
État-nation.
Dans un Moyen-Orient arabe en pleine crise sociale, économique et politique,
l'intensification des mouvements d'immigration et d'émigration, mais aussi
celle des migrations de transit, est porteuse, en ce tournant de siècle, d'enjeux
politiques spécifiques. L'implication accrue des diasporas dans les pays de départ,
l'exploitation persistante des migrants dits «de travail», la présence des réfugiés
de Palestine et, depuis peu, d'Irak ou du Soudan, les débats populaires que
suscitent ces sujets, y posent de façon renouvelée la question du politique, des
définitions de la nation à l'inscription régionale et internationale des États.
Dans ce contexte émergent de nouveaux modes d'instrumentalisation,
par les acteurs du politique, des mouvements migratoires intra-régionaux et
internationaux, dont ce livre explore des exemples significatifs : «mobilité du
travail et du capital» comme stratégie de politique intérieure et étrangère en
Jordanie, rôle des États dans les migrations de travail (travail domestique en
Jordanie et dans les pays du Golfe ; main-d'oeuvre syrienne au Liban), gestion
des réfugiés palestiniens dans les pays arabes, défi posé par les membres de cette
diaspora à la rigidité des concepts de frontière et de citoyenneté portés par les
acteurs du processus de paix, sort des réfugiés non palestiniens au Liban, caractère
éminemment politique des débats sur la nationalité dans ce pays, rôle de l'Église
maronite, acteur désormais transnational, sur la scène politique libanaise...
Discours sur, représentation d' une identité nationale, instrument de politique
intérieure mais aussi stratégie de relations internationales , les mesures de contrôle
et de gestion des flux migratoires mettent en relief la pluralité croissante des notions
de nationalité, de population nationale, de territoire, de même que les changements
qui affectent les modalités du «contrat social». Elles montrent la résilience des
États et l'émergence de nouveaux acteurs dans la sphère du politique : réseaux
ethnico-nationaux, religieux, réseaux d'affaires transnationaux...
Les politiques migratoires éclairent ainsi de façon particulière les processus
de construction nationale et de restructuration géopolitique à l'oeuvre dans la
région.